J.
phebuslove@hotmail.fr
Seul, face à une feuille vierge, il relisait le sujet. « Résumez votre existence en 200 lignes minimum. » Les yeux affolés, les lèvres mordues, les ongles rongés et le souffle court, il subsistait plus qu'il ne vivait. Il avait toujours renié son existence et voilà qu'aujourd'hui, à dix-sept ans et demi, on lui demandait de la résumer, autrement dit de la vulgariser. Il ferma les yeux et se plongea dans un calme platonique. Ses pensées le firent s'échapper dans les trois dernières années qu'il avait vécu. Il se revit à quatorze ans, refuser viruleusement que l'on ne lui coupe les cheveux. Il eu l'image effroyable de la maigreur de ses quinze ans et de l'anorexie dans laquelle il s'était laissé enliser. L'inquiétude de sa petite amie folle amoureuse, qui l'avait déviergé à ses treize ans, mais pour laquelle il ne ressentait que de l'affection. Il se remémora la première fois qu'il avait vu Clément, qu'il l'avait embrassé. Il ressentit aujourd'hui avec plus de certitude les sentiments trop forts et confus qu'il lui portait, mais n'avait jamais su lui dire. Et puis, à ses seize ans, il entendit les mots secs et cassants que Clément avait prononcés pour rompre. L'ultimatum était le suivant. Dis moi que tu m'aimes, ou je pars. Il n'avait pas été capable de lui dire son amour et Clément était parti. La lame froide sur son avant-bras brûlant, le sourire sur son visage lorsqu'il avait appuyé le Cutter sur sa peau. Sa déception lorsqu'il appris à ses dépends que celle-ci résistait au tranchant avec vigueur. Le violence avec laquelle il avait du agir. Le cri déchirant de sa mère lorsqu'elle le vit au sol, les veines fraîchement tailladées, le bras gauche couvert de plaies récentes. La tragédie que ses actes avaient engendré dans son lycée, les visites dramatiques chez le psychologue. Les yeux embués de Clément lorsqu'il était venu s'excuser pour ses mots trop violents. Le je t'aime qu'il avait enfin su lui répondre. Seul, devant une feuille blanche, il se demandait comment faire 200 lignes sur son existence quand elle tenait seulement en un mot. Il tenta de sortir, fumer une cigarette. On l'en empêcha, jusqu'à ce qu'il rende sa dissertation. Il ne pouvait plus être immobile. Il ne supportait plus la position assise qui lui était imposée. Il saisit son stylo et les premières lettres apparurent en noir.


